Cas d'école technique

Grundfos SPE + RSI :
le pompage solaire à vitesse variable

Un ensemble Grundfos SPE piloté par un convertisseur RSI a sa propre logique de dimensionnement : un seuil d'amorçage, un débit minimal continu et trois accessoires indispensables. Voici son fonctionnement, chiffres à l'appui, et la méthode pour le dimensionner.

Calculs sur les courbes officielles Sources : notices et livrets techniques Grundfos
Les trois pièces

Une hydraulique, un moteur à aimants, un convertisseur

Un système SPE est constitué de trois composants spécifiquement conçus pour fonctionner de manière intégrée. La partie hydraulique repose sur les pompes immergées de la gamme SP, reconnues depuis de nombreuses années pour leur fiabilité et leurs performances. L'entraînement est assuré par un moteur synchrone à aimants permanents MS6000P, de conception quatre pôles, pouvant atteindre une vitesse maximale de 3 000 tr/min à 100 Hz, alimenté en triphasé 3 × 350 V. L'ensemble est piloté par le variateur RSI, qui convertit directement l'énergie en courant continu issue du champ photovoltaïque en alimentation triphasée et adapte en continu la vitesse de rotation du moteur en fonction de la puissance solaire disponible, afin d'optimiser le fonctionnement de la pompe sur toute la plage d'ensoleillement.

SPl'hydraulique des pompes immergées Grundfos, de 6 pouces à 10 pouces
MS6000Pmoteur synchrone à aimants permanents enterrés, 4 pôles, 3 000 tr/min à 100 Hz, 3 × 350 V
RSIconvertisseur solaire à recherche du point de puissance maximale intégrée, indice IP66
92,4 %de rendement moteur à pleine charge, et encore 90,6 % à mi-charge

Le rendement constitue le principal avantage du moteur à aimants permanents. L'absence de courants induits au rotor limite l'échauffement du moteur et réduit la quantité de chaleur transmise au liquide pompé, deux facteurs qui conditionnent directement la durée de vie de l'ensemble immergé. Grundfos annonce un gain de 8 à 10 points de rendement par rapport à un moteur asynchrone de puissance équivalente, et publie le détail de ces valeurs à 50, 75 et 100 % de charge.

La notion clé

Le seuil d'amorçage, ou pourquoi une pompe peut tourner sans donner d'eau

Une pompe centrifuge ne développe une hauteur manométrique utile qu'à partir d'une vitesse de rotation minimale. En dessous de ce seuil, bien que le moteur entraîne la roue hydraulique et consomme de l'énergie, la hauteur générée reste insuffisante pour vaincre la charge statique du circuit : aucun débit n'est alors délivré en sortie. Les lois d'affinité des pompes centrifuges, publiées notamment par Grundfos dans sa documentation technique, permettent de déterminer cette vitesse critique à partir de laquelle l'eau commence effectivement à être refoulée.

vitesse d'amorçage = √( HMT ⁄ hauteur à débit nul )

La hauteur à débit nul est le sommet de la courbe débit-hauteur, à pleine vitesse. Une pompe qui monte à 189 m à débit nul et travaille à 75 m s'amorce à √(75/189), soit 63 % de sa vitesse. En deçà de cette vitesse, la pompe consomme de l'énergie sans délivrer de débit, tandis qu'au-delà le débit croît rapidement avec la vitesse de rotation. Plus ce rapport est faible, plus la plage horaire durant laquelle la pompe fonctionne s'étend sur la journée.

Le réglage de ce seuil est prévu par le fabricant. La mise en service du RSI comprend le paramétrage d'une fréquence minimale de refoulement, déterminée en augmentant progressivement la fréquence jusqu'à l'apparition du débit, valeur que le convertisseur mémorise ensuite. Celui-ci dispose par ailleurs d'un code de défaut dédié, « faible puissance continue », qui commande l'arrêt de l'entraînement lorsque la puissance délivrée par le générateur photovoltaïque devient insuffisante.
L'exemple chiffré

Une SPE 77-9 à 75 mètres

Prenons un exemple : 75 mètres de hauteur manométrique totale, avec un objectif de débit de l'ordre de 100 m³/h. La SPE 77-9 répond à ce point : neuf étages, moteur de 37 kW, hauteur à débit nul de 189 mètres. Elle s'amorce à 63 % de sa vitesse : la pompe démarre tôt le matin et s'arrête tard le soir. Voici sa journée, pour un champ photovoltaïque de 47 kWc et un rendement de système de 0,80.

EnsoleillementPuissance à l'entrée du convertisseurDébitCe qui se passe
150 W/m²5,6 kW0 m³/hsous le seuil : la pompe ne débite pas
197 W/m²7,3 kWamorçagel'eau commence à monter
300 W/m²11,2 kW32 m³/hdéjà un tiers du débit maximal
500 W/m²18,7 kW61 m³/hrégime de milieu de matinée
700 W/m²26,1 kW80 m³/h 
900 W/m²33,6 kW95 m³/h 
1 000 W/m²37,3 kW101 m³/hpleine vitesse, le convertisseur bride
197 W/m²l'ensoleillement auquel l'eau commence à monter : bien avant le milieu de matinée
5,1 : 1le rapport entre la puissance à pleine vitesse et celle de l'amorçage : la fenêtre de travail
101 m³/hle débit à pleine vitesse, à 75 mètres de hauteur manométrique
7,7 m³/hle débit minimal continu de cette pompe, imposé par le refroidissement du moteur

Une fenêtre de 5 pour 1 correspond à une plage de fonctionnement étendue. Sur une pompe dont le rapport hauteur sur hauteur à débit nul serait de 0,85, l'amorçage monterait à 92 % de la vitesse et la fenêtre tomberait à 1,3 pour 1 : la même installation ne travaillerait plus qu'aux heures pleines. C'est le premier point que le dimensionnement doit vérifier, avant même la puissance du champ photovoltaïque.

Le convertisseur

Ce que le RSI impose au champ photovoltaïque

Le RSI se décline en deux gammes de tension, et ce choix engage l'ensemble du générateur photovoltaïque puisqu'il détermine l'architecture des chaînes de modules. La gamme 3 × 380-440 V couvre de 2,2 à 250 kW, tandis que la gamme 3 × 208-240 V s'étend jusqu'à 15 kW et fonctionne à des tensions continues plus basses.

Gamme du convertisseurTension MPP minimaleTension MPP recommandéeTension d'entrée maximalePuissance
3 × 380-440 V450 V530 à 615 V800 V2,2 à 250 kW
3 × 208-240 V230 V290 à 336 V400 V1,5 à 15 kW

Deux règles de dimensionnement du câblage en découlent. La chaîne doit rester au-dessus de 450 volts au point de puissance maximale même par forte chaleur, quand la tension des modules s'effondre, et sous 800 volts en circuit ouvert par grand froid, quand elle culmine. La bande conseillée entre les deux a une raison physique : il faut assez de tension continue pour que le convertisseur restitue la pleine tension du moteur à sa fréquence nominale.

Le dimensionnement du convertisseur ne s'effectue pas sur la puissance nominale du moteur, mais sur son courant nominal. La documentation technique Grundfos le précise explicitement. Les moteurs MS6000P sont conçus pour une alimentation en 3 × 350 V, tandis que les convertisseurs RSI délivrent une tension de sortie comprise entre 380 et 440 V. Cette différence de conception conduit Grundfos à retenir le courant comme critère de sélection. En pratique, un moteur de puissance donnée nécessite ainsi fréquemment un convertisseur d'une classe de puissance supérieure. À titre d'exemple, un moteur MS6000P de 37 kW présente un courant nominal de 85,6 A et doit être associé à un convertisseur capable de fournir au moins 87 A, correspondant au modèle 45 kW.
Les trois indispensables

Les trois indispensables

Trois équipements accompagnent l'ensemble et protègent le moteur dans la durée : le filtre sinusoïdal, le manchon d'écoulement et la sonde de température.

Le filtre sinusoïdal

Un variateur ne délivre pas une sinusoïde mais une succession d'impulsions, et les pics de tension qui en résultent fatiguent l'isolation des enroulements, d'autant plus que le câble de descente est long. La notice des pompes SP fixe des limites nettes : pour un moteur MS6000 alimenté par un convertisseur solaire, sans filtre, la tension continue du champ en circuit ouvert est limitée à 400 volts et le câble non blindé à 300 mètres ; avec un filtre sinusoïdal, ces limites passent à 800 volts et 500 mètres.

La gamme 3 × 380-440 V requiert une tension minimale de 450 volts au point de puissance maximale, et par conséquent une tension en circuit ouvert plus élevée encore, si bien qu'elle ne peut en aucun cas respecter la limite de 400 volts. Sur cette gamme, le filtre sinusoïdal est obligatoire. La gamme 3 × 208-240 V, dont l'entrée est plafonnée à 400 volts, est conçue pour s'en passer.

Sur un moteur à 3 000 tr/min alimenté en 100 Hz, le filtre se choisit sur la colonne 100 Hz du catalogue. Le courant admissible d'un filtre est environ un quart plus faible à 100 Hz qu'à 50 Hz : un moteur qui tire 85,6 A à 100 Hz réclame un filtre donné pour environ 112 A à 50 Hz.

Le manchon d'écoulement

Un moteur immergé se refroidit par l'eau qui le longe ; Grundfos demande une vitesse d'au moins 0,15 m/s le long du moteur, et donne la formule pour la vérifier :

V = Q × 353 ⁄ (D² − d²)   V en m/s, Q en m³/h, D le diamètre du forage ou du manchon en mm, d le diamètre de la pompe

Dans un forage large, l'eau ralentit autour du moteur et le refroidit moins. Le manchon, un simple tube placé autour du moteur, rétablit la vitesse d'écoulement ; Grundfos le recommande aussi en présence de sable.

Sur la SPE 77-9 de l'exemple, il devient utile au-delà d'environ 190 mm de diamètre de forage ; le seuil dépend de la pompe.

La sonde de température

Les moteurs immergés Grundfos peuvent recevoir un capteur de température intégré, et le livret technique indique sans ambiguïté que ces capteurs sont incompatibles avec un variateur de fréquence. Un fusible interne au transmetteur fond dès la mise sous variateur et le capteur est définitivement perdu. Grundfos recommande d'installer à la place une sonde Pt100 ou Pt1000 externe.

La sonde externe est la seule protection thermique de l'ensemble. Le convertisseur protège le moteur contre la surcharge électrique ; la température, elle, repose entièrement sur la sonde : la notice précise que le convertisseur ne la mesure pas.

Les conditions de fonctionnement

La plage de fonctionnement à respecter

Le dimensionnement doit garantir que la pompe fonctionne en permanence dans son domaine d'utilisation, quelles que soient les conditions climatiques et les contraintes du site.

LimiteValeurPourquoi
Débit minimal continu0,1 × le débit nominalen dessous, l'eau ne circule plus assez pour refroidir le moteur
Débit maximal continu1,3 × le débit nominalrisque de poussée axiale inversée et de cavitation
Marche vanne fermée30 secondes au maximumle liquide s'échauffe localement
Survitessedéconseilléele fabricant déconseille de dépasser la fréquence nominale
Rampes d'accélération3 secondes au maximumprotection des paliers lisses et de la garniture
Nombre de démarrages120 par heure, 360 par jourutile à vérifier sur un site à passages nuageux fréquents
Le clapet anti-retour constitue un élément essentiel de l'installation. Sur un moteur synchrone à aimants permanents, toute circulation d'eau à travers la pompe lorsque celle-ci est à l'arrêt, notamment en cas de retour de colonne, peut entraîner la rotation du rotor. Le moteur se comporte alors comme un générateur et produit une tension à ses bornes, même en l'absence d'alimentation électrique. La documentation technique Grundfos précise ainsi que les bornes du moteur doivent être considérées comme potentiellement sous tension tant que l'immobilisation complète du rotor n'a pas été vérifiée. L'installation d'un clapet anti-retour permet d'empêcher ces écoulements inverses, de supprimer le risque de rotation parasite et constitue, à ce titre, une exigence de conception du système.
L'alternative

Solariser une pompe SP déjà en place

Le RSI pilote également les moteurs asynchrones classiques équipant les pompes immergées de la gamme SP. Une pompe déjà installée dans un forage peut ainsi être convertie au fonctionnement solaire sans modification de l'hydraulique, en conservant le même convertisseur et la même méthode de dimensionnement.

 SP + RSI (moteur asynchrone)SPE + RSI (aimants permanents)
Rendement moteurde l'ordre de 82 %92,4 % à pleine charge
Rendement à charge partiellerarement publié90,6 % à mi-charge
Vitesse nominale2 900 tr/min à 50 Hz3 000 tr/min à 100 Hz
Branchement direct sur réseaupossibleimpossible, variateur obligatoire
Filtre sinusoïdal en gamme 400 Vobligatoiresystématiquement inclus
Cas d'usagesolarisation d'une pompe déjà installéeinstallation neuve, recherche du meilleur rendement

À champ photovoltaïque égal, le moteur à aimants permanents dispose de plus de puissance à l'arbre : il s'amorce plus tôt dans la matinée et délivre un volume d'eau supérieur sur l'ensemble de la journée. Un écart de dix points de rendement se traduit ainsi directement par un volume produit plus  important.

Le dimensionnement

Ce que LE LAB fait de tout cela

Le dimensionnement d'un système de pompage à vitesse variable débute par la détermination du seuil d'amorçage hydraulique. Il convient en premier lieu de vérifier que ce seuil permet de disposer d'une plage de fonctionnement exploitable dans les conditions réelles d'ensoleillement. Il faut ensuite s'assurer que le débit requis demeure supérieur au débit minimal de fonctionnement continu de la pompe, puis contrôler que le générateur photovoltaïque respecte la fenêtre de tension admissible par le convertisseur, aussi bien à la tension maximale par basses températures qu'à la tension minimale par fortes chaleurs. Ce n'est qu'après la validation de ces conditions de fonctionnement que l'évaluation de la production d'eau, mois par mois, peut être réalisée.

Le seuilcalculé pour chaque pompe et chaque hauteur, et affiché dans les conditions de fonctionnement du rapport
La fenêtre de tensionvérifiée au minimum relevé sur seize ans et à la cellule chaude, avec les coefficients réels du module retenu
Les accessoiresfiltre sinusoïdal et sonde de marche à sec systématiquement inclus, manchon d'écoulement préconisé selon les caractéristiques du forage
La comparaisonface aux gammes à contrôleur intégré, qui constituent la solution la plus simple lorsqu'elles atteignent le point de fonctionnement

Lors du dimensionnement, LE LAB compare systématiquement les ensembles SPE associés à un convertisseur RSI aux solutions de pompage à contrôleur intégré. Lorsque plusieurs architectures permettent d'atteindre le point de fonctionnement requis, l'application propose en priorité la solution la plus simple, afin de limiter la complexité de l'installation, de réduire les coûts et de faciliter la mise en œuvre ainsi que la maintenance.

Sources

D'où viennent ces chiffres

  • Livret technique SPE 3 000 tr/min, Grundfos : description de la gamme, moteurs MS6000P, rendements et facteurs de puissance, sélection des filtres sinusoïdaux, conditions de fonctionnement, lois d'affinité, diamètres de forage recommandés.
  • Notice d'installation et de fonctionnement SP et SPE, Grundfos : fonctionnement avec convertisseur de fréquence, limites de tension et de longueur de câble avec et sans filtre, vitesse d'écoulement minimale le long du moteur, capteurs de température.
  • Notice d'installation et de fonctionnement RSI 1,5 à 250 kW, Grundfos : tensions au point de puissance maximale, tension d'entrée maximale, plage de fréquence, tailles et intensités de sortie, réglage de la fréquence minimale de refoulement, codes de défaut.
  • Notice RSI AC Drives, Grundfos : caractéristiques techniques du convertisseur, types de moteurs pilotés, plages de température et déclassements.
  • Courbes débit-hauteur et courbes de puissance des fiches produit Grundfos Product Centre pour la pompe citée en exemple.

Chiffres et contraintes relevés dans la documentation officielle Grundfos, versions en vigueur à la date de publication ; la notice du fabricant reste la référence. Une page éditée par SINES, distributeur officiel Grundfos.